L'EAU : C'EST L'ATTITUDE QUI COMPTE

Message du Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, 22 mars 2005

L'eau est essentielle à toute forme de vie, au bien-être des personnes et au développement économique. Pour le meilleur et pour le pire, elle participe de tous les combats planétaires : santé des êtres humains et pérennité de l'environnement, situation des approvisionnements, énergie et industrie. Pourtant, elle peut également être synonyme de destruction : un tsunami, d'innombrables journées d'inondation, ou des années et des années de sécheresse affectent ces mêmes choses radicalement. À cela, s'ajoutent les problèmes de la pollution, de la croissance démographique et du changement climatique qui sont à l'origine de modifications fondamentales en termes de qualité et de quantité des ressources en eau douce disponibles, et qui ne pourront qu'affecter gravement nos modes de vie au cours de ces prochaines décennies. Aujourd'hui, nos vieilles idées sur les ressources en eau (l'eau est une ressource illimitée et inépuisable, l'eau a essentiellement une fonction purificatrice, l'eau est un don du ciel - au sens propre et au sens figuré, donc est fondamentalement gratuite) ne sont plus pertinentes. En réalité, elles vont totalement à l'encontre des grands changements que doit intégrer notre nouvelle culture de l'eau1. « Lorsque dans nos rêves nous entendrons la douce musique de la planète, serons-nous en mesure de nous réveiller et d'agir ?»2 En matière de ressources en eau, nous nous trouvons désormais à la croisée des chemins. L'eau ne peut plus être considérée comme argent comptant : elle est devenue un défi mondial de tout premier plan, la ressource qui symbolise le mieux les déséquilibres planétaires et qui définit les modalités du développement durable. Le contrôle de l'eau est au cœur de toutes les civilisations. Pourtant, encore aujourd'hui, 1,1 milliard de personnes ne disposent pas d'un service d'approvisionnement en eau approprié (soit plus d'un sixième de la population mondiale) et plus de 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d'un service d'assainissement approprié (soit environ deux cinquièmes de la population mondiale). En Afrique, seul 24% de la population a accès à l'eau courante dans l'habitation ou dans la cour, et seul 13% de la population a accès à des sanitaires reliés à un système d'évacuation. D'une manière générale, dans les pays en développement, 2,2 millions de personnes, des enfants dans la plupart des cas, meurent chaque année de maladies associées à l'absence d'accès à une eau potable sûre et à un assainissement approprié ou parce que l'hygiène y est insuffisante. Parallèlement, la consommation d'eau a presque doublé au cours de ces cinquante dernières années : un enfant né dans un pays développé consomme 30 à 50 fois plus d'eau qu'un enfant né dans un pays en développement. Les ressources en eau diminuent à un rythme rapide : environ 2 millions de tonnes de déchets sont déversés chaque jour dans les cours d'eau. Comme nos ressources en eau sont de plus en plus limitées, des décisions de gestion doivent être prises sur la façon dont nous allons partager l'eau de la planète. En d'autres termes, nous allons devoir décider de la façon dont il convient d'affecter ces ressources. Comment prendrons-nous ces décisions ? Questions de gouvernance : vers une nouvelle culture de l'eau Notre prise de conscience et l'évolution de nos comportements à l'égard des ressources deviendront les véritables instruments de mesure de nos engagements en matière de développement durable3. Selon M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, « nous devons adopter et promouvoir une nouvelle culture de l'eau ... qui associe la bienveillance, la modération et le partage ». Nous devons accepter l'idée que l'eau est devenue un problème socio-économique d'une importance politique prépondérante. Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, il faudra qu'1,5 milliard de personnes supplémentaires accèdent, d'ici à 2015, à un service d'approvisionnement en eau approprié ; soit 100 millions de personnes supplémentaires chaque année (274 000 par jour). Sommes-nous prêt à relever un tel défi ? Le second Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, qui sera publié l'année prochaine, lors de la Journée mondiale de l'eau 2006, dans le cadre du 4ème Forum mondial de l'eau, à Mexico, propose de relever ces défis en tenant compte de trois principes fondamentaux : 1) l'équité par le biais de l'atténuation de la pauvreté (la réduction du fossé abyssal séparant les nantis des plus démunis), 2) la préservation des ressources naturelles et, surtout, 3) la gouvernance. D'une certaine façon, de même qu'ils sont à la base de l'ensemble du système des Nations Unies4, ces principes sont la raison d'être du Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau. Les décisions relatives à l'affectation durable des ressources en eau ne peuvent être prises que dans ce contexte et qu'en respectant notre héritage culturel : c'est l'attitude à l'égard de l'eau qui compte. En effet, seule l'évolution des comportements de la société permettra de mobiliser les ressources politiques, législatives, institutionnelles et financières indispensables à la mise en œuvre des réformes. L'attitude détermine la gouvernance. Pourtant, la mauvaise gestion de nos ressources en eau et les méthodes de gouvernance inadaptées font fréquemment obstacle à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement et au recul de la crise de l'eau5. Pour progresser plus rapidement, il n'existe qu'une seule solution : rapprocher les efforts déployés par les gouvernements, institutions, communautés et individus dans le domaine des ressources en eau. Nos vieilles idées nous empêchent de faire en sorte qu'une eau sûre approvisionne l'ensemble des populations de la planète ainsi que l'environnement dont elles dépendent. Que la Journée mondiale de l'eau et la Décennie internationale d'action « L'eau, source de vie » nous incitent à œuvrer ensemble pour une nouvelle culture de l'eau, centrée sur les besoins humains et jetant les fondements de la sécurité de l'eau au XXIème siècle6.

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1. Jean Margat, "Vers une nouvelle culture de l'eau", Les Clés du XXIe siècle, 2000, Éditions UNESCO / Seuil 2. From Gary Lawless, Earth Prayers from around the World 3. Jean Margat, "Vers une nouvelle culture de l'eau" 4. Trois grandes questions ont été identifiées par le système des Nations Unies comme étant les principales priorités de la Décennie : 1) la pénurie d'eau, 2) l'approvisionnement en eau potable, l'assainissement et l'hygiène, et 3) les catastrophes liées à l'eau 5. Ainsi se termine le premier Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR I), 2003, UNESCO Publishing / Berghahn Books. 6. "L'eau douce doit être reconnue au niveau international comme un bien et un héritage commun. Cette notion, qui renvoie à la notion de partage, devrait également contribuer à la paix, car l'eau est de plus en plus une question stratégique", Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, mars 2003
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