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L'eau est essentielle à toute forme de vie,
au bien-être des personnes et au développement économique.
Pour le meilleur et pour le pire, elle participe de tous les
combats planétaires : santé des êtres humains et pérennité
de l'environnement, situation des approvisionnements, énergie
et industrie. Pourtant, elle peut également être synonyme
de destruction : un tsunami, d'innombrables journées d'inondation,
ou des années et des années de sécheresse affectent ces mêmes
choses radicalement. À cela, s'ajoutent les problèmes de la
pollution, de la croissance démographique et du changement
climatique qui sont à l'origine de modifications fondamentales
en termes de qualité et de quantité des ressources en eau
douce disponibles, et qui ne pourront qu'affecter gravement
nos modes de vie au cours de ces prochaines décennies. Aujourd'hui,
nos vieilles idées sur les ressources en eau (l'eau est une
ressource illimitée et inépuisable, l'eau a essentiellement
une fonction purificatrice, l'eau est un don du ciel - au
sens propre et au sens figuré, donc est fondamentalement gratuite)
ne sont plus pertinentes. En réalité, elles vont totalement
à l'encontre des grands changements que doit intégrer notre
nouvelle culture de l'eau1. « Lorsque dans nos rêves nous
entendrons la douce musique de la planète, serons-nous en
mesure de nous réveiller et d'agir ?»2 En matière de ressources
en eau, nous nous trouvons désormais à la croisée des chemins.
L'eau ne peut plus être considérée comme argent comptant :
elle est devenue un défi mondial de tout premier plan, la
ressource qui symbolise le mieux les déséquilibres planétaires
et qui définit les modalités du développement durable. Le
contrôle de l'eau est au cœur de toutes les civilisations.
Pourtant, encore aujourd'hui, 1,1 milliard de personnes ne
disposent pas d'un service d'approvisionnement en eau approprié
(soit plus d'un sixième de la population mondiale) et plus
de 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d'un service
d'assainissement approprié (soit environ deux cinquièmes de
la population mondiale). En Afrique, seul 24% de la population
a accès à l'eau courante dans l'habitation ou dans la cour,
et seul 13% de la population a accès à des sanitaires reliés
à un système d'évacuation. D'une manière générale, dans les
pays en développement, 2,2 millions de personnes, des enfants
dans la plupart des cas, meurent chaque année de maladies
associées à l'absence d'accès à une eau potable sûre et à
un assainissement approprié ou parce que l'hygiène y est insuffisante.
Parallèlement, la consommation d'eau a presque doublé au cours
de ces cinquante dernières années : un enfant né dans un pays
développé consomme 30 à 50 fois plus d'eau qu'un enfant né
dans un pays en développement. Les ressources en eau diminuent
à un rythme rapide : environ 2 millions de tonnes de déchets
sont déversés chaque jour dans les cours d'eau. Comme nos
ressources en eau sont de plus en plus limitées, des décisions
de gestion doivent être prises sur la façon dont nous allons
partager l'eau de la planète. En d'autres termes, nous allons
devoir décider de la façon dont il convient d'affecter ces
ressources. Comment prendrons-nous ces décisions ? Questions
de gouvernance : vers une nouvelle culture de l'eau Notre
prise de conscience et l'évolution de nos comportements à
l'égard des ressources deviendront les véritables instruments
de mesure de nos engagements en matière de développement durable3.
Selon M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO,
« nous devons adopter et promouvoir une nouvelle culture de
l'eau ... qui associe la bienveillance, la modération et le
partage ». Nous devons accepter l'idée que l'eau est devenue
un problème socio-économique d'une importance politique prépondérante.
Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement,
il faudra qu'1,5 milliard de personnes supplémentaires accèdent,
d'ici à 2015, à un service d'approvisionnement en eau approprié
; soit 100 millions de personnes supplémentaires chaque année
(274 000 par jour). Sommes-nous prêt à relever un tel défi
? Le second Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources
en eau, qui sera publié l'année prochaine, lors de la Journée
mondiale de l'eau 2006, dans le cadre du 4ème Forum mondial
de l'eau, à Mexico, propose de relever ces défis en tenant
compte de trois principes fondamentaux : 1) l'équité par le
biais de l'atténuation de la pauvreté (la réduction du fossé
abyssal séparant les nantis des plus démunis), 2) la préservation
des ressources naturelles et, surtout, 3) la gouvernance.
D'une certaine façon, de même qu'ils sont à la base de l'ensemble
du système des Nations Unies4, ces principes sont la raison
d'être du Programme mondial pour l'évaluation des ressources
en eau. Les décisions relatives à l'affectation durable des
ressources en eau ne peuvent être prises que dans ce contexte
et qu'en respectant notre héritage culturel : c'est l'attitude
à l'égard de l'eau qui compte. En effet, seule l'évolution
des comportements de la société permettra de mobiliser les
ressources politiques, législatives, institutionnelles et
financières indispensables à la mise en œuvre des réformes.
L'attitude détermine la gouvernance. Pourtant, la mauvaise
gestion de nos ressources en eau et les méthodes de gouvernance
inadaptées font fréquemment obstacle à la réalisation des
Objectifs du Millénaire pour le développement et au recul
de la crise de l'eau5. Pour progresser plus rapidement, il
n'existe qu'une seule solution : rapprocher les efforts déployés
par les gouvernements, institutions, communautés et individus
dans le domaine des ressources en eau. Nos vieilles idées
nous empêchent de faire en sorte qu'une eau sûre approvisionne
l'ensemble des populations de la planète ainsi que l'environnement
dont elles dépendent. Que la Journée mondiale de l'eau et
la Décennie internationale d'action « L'eau, source de vie
» nous incitent à œuvrer ensemble pour une nouvelle culture
de l'eau, centrée sur les besoins humains et jetant les fondements
de la sécurité de l'eau au XXIème siècle6.
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1. Jean Margat, "Vers une nouvelle culture
de l'eau", Les Clés du XXIe siècle, 2000, Éditions UNESCO
/ Seuil 2. From Gary Lawless, Earth Prayers from around the
World 3. Jean Margat, "Vers une nouvelle culture de l'eau"
4. Trois grandes questions ont été identifiées par le système
des Nations Unies comme étant les principales priorités de
la Décennie : 1) la pénurie d'eau, 2) l'approvisionnement
en eau potable, l'assainissement et l'hygiène, et 3) les catastrophes
liées à l'eau 5. Ainsi se termine le premier Rapport mondial
sur la mise en valeur des ressources en eau (WWDR I), 2003,
UNESCO Publishing / Berghahn Books. 6. "L'eau douce doit être
reconnue au niveau international comme un bien et un héritage
commun. Cette notion, qui renvoie à la notion de partage,
devrait également contribuer à la paix, car l'eau est de plus
en plus une question stratégique", Koïchiro Matsuura, Directeur
général de l'UNESCO, mars 2003
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